Maître de conférence en psychologie à Goldsmiths (University of London) et fondateur du site ConspiracyPsychology.com, Rob Brotherton a signé la semaine dernière un texte pour le New Scientist consacré aux raisons du succès des théories du complot autour de la disparition du vol MH370.

Selon Brotherton, notre intuition nous pousse, lorsque nous sommes placés face à un événement inexpliqué, à chercher une explication intentionnelle plutôt qu’accidentelle. Il était donc inévitable qu’un mystère comme celui de la disparition du Boeing 777 de la Malaysian Airlines suscite un foisonnement de spéculations de toutes sortes, y compris de théories du complot. Des plus plausibles aux plus farfelues, ces thèses prolifèrent non seulement sur internet et les réseaux sociaux, mais aussi dans des médias plus conventionnels où elles permettent de combler en partie le vide informationnel.

Rob Brotherton a imaginé avec deux de ses collègues six scénarios plus ou moins plausibles – trois résultant d’un accident et trois autres d’un complot. Les chercheurs ont ensuite demandé à un panel de 400 personnes de classer ces scénarios du plus probable au moins probable.

Pour un sondé sur deux, la cause la plus probable de la disparition du Boeing est un accident, 14% l’attribuent à une faute de pilotage et 5% à une explosion spontanée à bord de l’appareil.

La thèse d’un détournement a quant à elle recueilli les suffrages de 20% des sondés, 7% pour la thèse d’un inside job gouvernemental – malaisien, chinois ou américain – et 5% pour celle d’un attentat terroriste. Dans son analyse, Rob Brotherton souligne l’existence d’une corrélation entre l’adhésion à des explications de type intentionnaliste et un penchant plus général pour les théories du complot. Il en résulte que les sondés les plus sensibles aux thèses conspirationnistes sont aussi ceux qui plébiscitent la thèse du complot pour expliquer la disparition de l’avion. A contrario, les plus sceptiques à l’égard des théories du complot sont aussi ceux qui ont le plus tendance à privilégier une explication par l’accident.

Déjà constatées à l’occasion d’études antérieures, ces prédispositions de notre cerveau aux théories du complot sont accentuées par le choc émotionnel provoqué par l’issue dramatique d’un événement. Lors d’une expérience menée en 2010 à la Queen’s University (Ontario, Canada), il a ainsi été demandé à deux groupes d’individus de lire la même histoire relatant une explosion inexpliquée à bord d’un avion de ligne. Les deux versions du récit proposé étaient identiques sauf sur la fin : au premier groupe, on a raconté que le pilote n’avait pu éviter le crash et qu’il n’y avait aucun rescapé. Au second groupe, on a expliqué que le pilote avait finalement réussi un atterrissage en catastrophe et que tout le monde était indemne. Interrogé par la suite sur les causes de l’explosion, le premier groupe penchait pour une bombe ou un sabotage (c’est-à-dire une cause intentionnelle) tandis que le second optait pour un incident plus banal comme une panne électrique !

Pour Rob Brotherton, cela suggère que plus les conséquences d’un événement sont tragiques ou choquantes, et plus nous avons spontanément tendance à lui attribuer des causes exceptionnelles. C’est peut-être là qu’il faut chercher la raison pour laquelle des événements historiques inattendus comme l’assassinat de JFK, la mort de Lady Diana ou les attentats du 11-Septembre se prêtent tout particulièrement à des interprétations de type complotiste.

Voir aussi :
* Vol MH370 : l’autre crash, par Gérald Bronner (Le Point)