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Histoire d'un mythe. La "conspiration" juive et les protocoles des sages de Sion, de Norman Cohn





Extraits de Justin Vaïsse, « Les missionnaires bottés de la démocratie », Le Monde des livres, 9 septembre 2004.


L'Amérique messianique, d'Alain Frachon et Daniel Vernet (Seuil, 2004)
D'un côté, un mouvement intellectuel et politique américain aussi difficile à comprendre qu'à situer, si changeant et divers que sa substance même, son existence en tant que mouvement peut être mise en question : le néoconservatisme. De l'autre, un événement massif, violent, évident : la guerre d'Irak de 2003, que tous les néoconservateurs ont soutenue.

Avec une telle rencontre, le court-circuit des simplifications, des raccourcis et des théories du complot était inévitable. L'opinion s'est donc répandue selon laquelle un groupe mystérieux d'idéologues fanatiques avait pris en otage la politique étrangère d'un président faible pour attaquer l'Irak, afin de satisfaire son désir d'hégémonie ou de défendre les intérêts supposés d'Israël.

Avec L'Amérique messianique (Seuil, 240 p., 2004), Alain Frachon et Daniel Vernet (1) rendent un grand service à notre compréhension de l'Amérique et donc à celle du monde actuel, en dégonflant ces fantasmes et caricatures. Ils offrent à un lectorat large, dans un livre accessible et très vivant, une présentation exacte du néoconservatisme américain et de son rapport avec la guerre d'Irak.

(...)

Lire la suite de l’article sur le site de Justin Vaïsse.


Notes :
(1) Alain Frachon et Daniel Vernet sont journalistes au Monde.

Voir aussi :
* La croisade des néoconservateurs, par Justin Vaïsse
MEMRI - Middle East Media Research Institute
Plusieurs articles et reportages publiés récemment en Egypte prétendent que l'intervention américaine au Darfour n'est qu'un stratagème destiné à prendre le contrôle du pétrole soudanais et à venir en aide au Président Bush pour les élections à venir.

La suite sur le site de MEMRI

Guillaume Dasquié et Jean Guisnel, L'effroyable mensonge : thèse et foutaises sur les attentats du 11 septembre, La Découverte, 2002.


L'effroyable mensonge, de Guillaume Dasquié et Jean Guisnel
L’imposture démontée

Par Hervé Kempf

Deux journalistes renversent la thèse selon laquelle aucun avion ne se serait écrasé sur le Pentagone

Retraite en bon ordre : c’est le mouvement implicite de l’ouvrage de Thierry Meyssan, auteur de la thèse selon laquelle aucun avion ne s’est écrasé sur le Pentagone le 11 septembre 2001. Exprimée dans un livre fantaisiste qui connut un impressionnant succès public, L’Effroyable Imposture (éd. Carnot), la thèse s’élaborait sur la base de vraisemblances, en écartant les témoignages visuels de l’attentat. C’est leur rejet qu’ont pointé les contre-enquêtes du Monde, puis de Libération et Paris Match notamment, montrant que de solides témoignages attestent du choc de l’aéronef. Dans Le Pentagate, Thierry Meyssan s’y intéresse enfin, et tente d’imposer une version raffinée de sa thèse : ce serait un missile renforcé à l’uranium appauvri qui aurait atteint le Pentagone...

« Le problème, avec ce genre de lascar, écrivent Jean Guisnel et Guillaume Dasquié, c’est qu’ils ont généralement une capacité assez stupéfiante à vous assommer sous un déluge d’informations enchaînées et toutes plus fausses les unes que les autres, qu’il devient rapidement impossible de contrer, sauf à les prendre une à une et les décortiquer. » Il s’agit donc de trouver l’équilibre entre la discussion de la thèse, qu’il n’y a pas lieu de refuser a priori, et le refus de s’engluer dans la rhétorique inextinguible de la paranoïa conspirationniste. C’est en gros ce que réussissent à faire Guisnel et Dasquié, l’un journaliste au Point, l’autre à Intelligence OnLine, un journal spécialisé en géopolitique. Ils confortent deux points essentiels : la validité des témoignages visuels de l’attentat, et la possibilité technique de celui-ci. Les auteurs ont retrouvé et directement approché nombre de témoins, qui leur ont redit ce qu’ils avaient vu : l’arrivée de l’avion de ligne, sa chute sur le Pentagone. Dasquié et Guisnel précisent, en recourant à un spécialiste de l’accidentologie aéronautique, la façon dont le choc de l’avion a pu produire les destructions particulières du Pentagone.

La question échappe ici au sens commun, et relève de l’expertise. Mais, en l’absence des données précises détenues par les autorités judiciaires américaines, on ne peut que reconstituer un scénario physique d’accident. Il serait du plus haut intérêt que soient rendues publiques les données officielles ou l’analyse de cet accident, soit au terme de l’enquête judiciaire menée aux Etats-Unis, soit par une commission d’enquête du Congrès réclamée par plusieurs élus démocrates.

Les deux journalistes éclairent par ailleurs utilement les accointances et relations de Thierry Meyssan, observant « une proximité étonnante entre ses thèses et celles de conspirationnistes d’extrême droite », et montrant que sur bien des points il a copié ou « puisé son inspiration » dans ces réseaux conspirationnistes qui prolifèrent outre-Atlantique. Il reste à en comprendre le succès. « Ces théories diffusées sans raison ni contrôle ont d’autant plus de succès qu’elles se nourrissent des failles et faiblesses de la démocratie française, écrivent Guisnel et Dasquié : nombre d’observateurs l’ont remarqué à juste titre, la percée de Le Pen au premier tour des élections présidentielles du printemps 2002 s’explique largement par le mépris du peuple et l’opacité dont s’accommode trop volontiers une partie des élites quelle que soit leur couleur politique (et cela est encore plus vrai, bien sûr, aux Etats-Unis, devenus de ce fait le paradis des conspirationnistes). »

Source : Le Monde du 26 juillet 2002.


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Par Pierre-André Taguieff


Pierre-André Taguieff
« La guerre pour la bourgeoisie c’était déjà bien fumier, mais la guerre maintenant pour les Juifs ! (...) On s’est étripé toujours sous l’impulsion des Juifs depuis des siècles et des siècles ».
Louis-Ferdinand Céline, Bagatelles pour un massacre, Paris, Denoël, 1937, p. 86-87.


Depuis l’automne 2002, l’antiaméricanisme à la française [1] s’est de plus en plus clairement teinté de judéophobie, à travers une intensification du discours « antisioniste » convenu, certes, mais aussi par la diffusion croissante d’une représentation antijuive bien connue des historiens des années 1930, celle de la « guerre juive » [2].

On sait que l’un des premiers usages idéologico-politiques des Protocoles des Sages de Sion, entre 1918 et le début des années 1930, a été de justifier la désignation des Juifs comme responsables de la guerre de 14-18. Dans la seconde moitié des années 1930, le recours au mythe du complot juif mondial, véhiculé par les Protocoles, a permis de dénoncer l’éventuelle guerre des démocraties contre le régime nazi comme une « guerre juive ».

« Les bellicistes »
La récurrence de ce type d’accusation mérite d’être prise au sérieux et interrogée. De la « guerre juive » à « l’agression américano-sioniste » : persistance et métamorphose d’un stéréotype accusatoire, à travers lequel s’opèrent la criminalisation et la diabolisation des « Sages de Sion » sous les multiples noms dont on les affuble (le « lobby juif », le « lobby sioniste », « les sionistes et leurs alliés », le « lobby pro-israélien », le « sionisme mondial », le « pouvoir juif », etc.) [3].

Dans les deux cas, en 1936-1939 et en 2002-2003, l’opposition à la guerre contre une dictature reconnue comme telle prend la forme d’une puissante vague « pacifïste ». Si l’ennemi est « belliciste », et à ce titre monopolise le statut d’agresseur (réel ou potentiel), les anti-bellicistes se définissent eux-mêmes comme partisans de la paix.

Face au messianisme démocratique à l’américaine, les plus gauchistes d’entre les pacifistes américanophobes recourent volontiers aux arguments de base de la « rhétorique réactionnaire », telle que l’a magistralement analysée Albert Hirschman [4]. Toute tentative de modifier l’ordre international existant est récusée au nom de trois types d’arguments: le risque d’engendrer des effets contraires au but recherché (effet pervers) ; l’inutilité de l’action entreprise, supposée impuissante à modifier le statu quo (inanité) ; le risque de bouleverser une organisation fragile, représentant de précieux acquis (mise en péril). Si tout est inconditionnellement préférable à la guerre, alors la servitude est absolument légitimée. La prescription d’éviter la guerre à tout prix a conduit naguère nombre de bons esprits à célébrer les accords de Munich. Des socialistes pacifistes à l’extrême droite nationaliste.

Le maurrassien Pierre Gaxotte écrivait dans Je suis partout daté du 30 septembre 1938 : « Quant à nous, il n’y a plus, à nos yeux, que deux partis : ceux qui sont pour la France et ceux qui sont pour la guerre. » Quelques mois plus tard, Paul Ferdonnet, publiciste stipendié par l’Allemagne nazie, publiait La Guerre juive [5], qui commençait par ces propos dénués d’ambiguïté, datés de « Noël 1938 » : « (...) Ces parasites, ces étrangers, ces ennemis intérieurs, ces Maîtres tyranniques et ces spéculateurs impudents, qui ont misé, en septembre 1938, sur la guerre, sur leur guerre de vengeance et de profit, sur la guerre d’enfer de leur rêve messianique, ces bellicistes furieux, il faut avoir l’audace de se dresser sur leur passage pour les démasquer ; et, lorsqu’on les a enfin reconnus, il faut avoir le courage de les désigner par leurs noms : ce sont les Juifs. » [6]

« Sionisme mondial »
Considérons le discours « antiguerre » des premiers mois de 2003 à travers le matériel constitué par les appels aux manifestations, les tracts distribués, les banderoles et les pancartes brandies, les slogans proférés. Non seulement l’intervention militaire anglo-américaine contre le régime de terreur de Saddam Hussein a été assimilée aux réactions israéliennes contre les terroristes palestiniens, mais aussi et surtout les Israéliens, et plus largement les représentants du mythique « sionisme mondial », ont été accusés d’être à l’origine de la nouvelle « guerre d’Irak ».

Des listes de conseillers du président américain, « juifs », « sionistes » ou « proches du Likoud », ont circulé sur Internet, et la presse, même la plus « respectable », a relayé ces accusations ou ces soupçons, visant un Bush manipulé par « les Israéliens » ou des « conseillers juif ». A l’amalgame polémique « Bush = Sharon » (également et semblablement « assassins ») s’est ajoutée une vision conspirationniste, que traduisent diverses images schématisantes : du « complot américano-sioniste » (où les « sionistes » sont censés rester dans l’ombre, ou agir de façon occulte) à « Bush valet de Sharon ».

Les Juifs, une fois de plus, sont ainsi désignés comme les vrais responsables d’une guerre, et d’une guerre qui, dans le contexte géopolitique contemporain, affecte le système mondial des États. Une nouvelle guerre sinon mondiale, du moins mondialisée à bien des égards.

La croyance à l’action des démons, censée expliquer l’origine des malheurs des humains, donne son assise à la judéophobie « antisioniste » [7]. La fixation de la haine « antisioniste » sur un Sharon nazifié (et, entant que tel, devenu synecdoque de l’État « raciste » et « fasciste » d’Israël) permet de formuler un slogan de ce type : « Hitler en a oublié un : Sharon » [8], slogan justifiant le génocide nazi des Juifs qu’ont osé crier des milliers de manifestants lors d’une manifestation en faveur de la Palestine, à Amsterdam, en avril 2002. La dénonciation néo-gauchiste de la « Busherie » peut ainsi glisser vers les « antisionistes » de l’autre bord, les néo-fascistes de l’hebdomadaire Rivarol, jubilant de pouvoir enfin dénoncer, en phase avec une importante partie de « l’opinion mondiale », la « Busherie kasher ».

La suite sur le site Pratique de l’histoire et dévoiements négationnistes (PHDN)


Notes :
1. Voir l’indispensable ouvrage de Philippe Roger, L’Ennemi américain. Généalogie de l’antiaméricanisme français, Paris, Le Seuil, 2002.
2. Voir notamment Ralph Schor, L’Antisémitisme en France pendant les années trente. Prélude à Vichy, Bruxelles, Éditions Complexe, 1992 ; Richard Millman, La Question juive entre les deux guerres. Ligues de droite et antisémitisme en France, Paris, Armand Colin, 1992.
3. Le site de Radio Islam, fondé et animé par l’islamiste Ahmed Rami (qui diffuse les Protocoles des Sages de Sion et toutes les formes de littérature négationniste), fait circuler des listes de Juifs (parfois imaginaires) qui dirigeraient en secret la politique américaine. Dans l’administration Clinton, Rami avait repéré, en 1998, un nombre impressionnant de Juifs, de Madeleine Albright à Janet Yellen. Au début de 2002, Rami fait circuler une nouvelle liste, Jews in the Bush Administration, comprenant notamment Elliott Abrams, Josh Bolten, Ari Fleischer, Jay Lefkowitz, Richard Perle, Paul Wollowitz. Dans la littérature anti-américaine récente se sont multipliées les attaques contre l’administration Bush fondées sur ces listes de patronymes, censées prouver que le pouvoir politique, aux États-Unis, est « gouverné par les Juifs ». Variations sur le thème : « Le lobby sioniste dirige l’Amérique ». En France, l’un des principaux périodiques de la mouvance lepéniste, National Hebdo, a consacré une série d’articles à la dénonciation des inspirateurs ou des leaders juifs des faucons américains qui viseraient, à travers la « destruction de l’Irak », l’établissement du « Grand Israël ». Voir Michel Limier, « Paul Wolfowitz, pousse-au-crime de George W. Bush », National Hebdo,n° 968, 6-12 février 2003, p. 7 ; Id., « Les faucons de George W. Bush(2) », National Hebdo, n° 969, 13-19 février 2003, p. 7. « Michel Limier » est le pseudonyme d’un disciple d’Henry Coston, qui pourrait être Emmanuel Ratier, journaliste spécialisé dans la littérature de dénonciation conspirationniste. Voir E. Ratier, Mystères et secrets du B'nai'B'rith, Paris, Facta, 1993 ; Id., Les Guerriers d’Israël. Enquête sur les milices sionistes, Paris, Facta, 1995.
4. Voir Albert O. Hirschman, Deux siècles de rhétorique réactionnaire, tr. fr. Pierre Andler, Paris, Fayard, 1991.
5. Paris, Éditions Baudinière, 1939 [début]. Dans ce libelle besogneux, Ferdonnet cite notamment le premier des pamphlets antijuifs de Louis-Ferdinand Céline, Bagatelles pour un massacre (op. cit.) — mis en vente le 28 décembre 1937 —, dont le thème central est précisément la dénonciation du « bellicisme juif » et de la préparation d’une « guerre juive ».
6. Paul Ferdonnet, La Guerre juive, op. cit., avant-propos, p. 9-10.
7. Voir Léon Poliakov, « Causalité, démonologie et racisme. Retour à Lévy-Bruhl ? » [1980], in Pierre-André Taguieff (dir.), Les Protocoles des Sages de Sion, tome II : Études et documents, Paris, Berg International, 1992, p. 419-456.
8. Slogan cité par Eric Krebbers et Jan Tas, « Comment éviter quelques pièges antisémites », De Fabel van de illegaal, n° 52-53, été 2002 (traduit du hollandais par Yves Coleman).

Source : L'Arche, n° 543, mai 2003.

11-Septembre

Par Serge Halimi


Complotite
Cent quatre-vingts pages suffisent à boucler l’acte d’accusation. Et encore : nombre d’entre elles ne font que reproduire des discours de M. George W. Bush ou développer des sujets périphériques à la démonstration : suivisme des médias américains, rôle des religieux, assaut contre les libertés publiques.

La thèse de Thierry Meyssan, si simple et aveuglante qu’un petit livre suffirait à la démontrer ? « L’existence d’un complot au sein des forces armées pour perpétrer les attentats du 11 septembre. » Car, si la couverture du livre annonce qu’« aucun avion ne s’est écrasé sur le Pentagone », c’est bien la lecture de la totalité des attentats du 11 septembre qui est ici remise en cause. La coïncidence entre une explosion au Pentagone et la destruction du World Trade Center suggère en effet que, dans la mesure où les destructions du premier sont le produit d’un coup d’Etat occulté, les événements de New York doivent l’être aussi. Une note page 168 indique, à toutes fins utiles, qu’il est possible de remplacer en plein vol des avions de ligne remplis de passagers par des drones. Seraient-ce alors des drones qui auraient frappé les tours ?

La suite sur le site du Monde diplomatique

Documentaire d’Antoine Vitkine et Barbara Necek (France 2004, 45mn). Diffusé sur ARTE le 13 avril 2004.


11-Septembre

Oui, un avion s'est bel et bien écrasé sur le Pentagone, à Washington, le 11 septembre, après que deux autres eurent détruit les tours du World Trade Center à New York. Oui, le ministère américain de la défense a été attaqué par des terroristes qui avaient choisi de lancer contre lui un Boeing 757. Oui, cinquante-huit passagers et six membres d'équipage ont été tués pour avoir pris, ce jour-là, le vol 77 d'American Airlines en direction de Los Angeles.

On n'aurait pas besoin de rappeler ces quelques données, établies par les enquêtes les moins contestables, si une rumeur, propagée sur le Net par un petit groupe qui s'est donné le nom de Réseau Voltaire, ne soutenait la thèse contraire : pour lui, aucun avion n'a touché le Pentagone le 11 septembre et seule l'explosion d'une bombe déposée à l'intérieur du bâtiment a pu provoquer l'incendie meurtrier. On devine les implications de cette théorie, exposée depuis par Thierry Meyssan, seul animateur de l'autoproclamé « Réseau » Voltaire : si l'attaque est venue de l'intérieur, et non de l'extérieur, elle est le résultat d'un complot ourdi par les éléments les plus extrémistes de l'armée américaine, qui voulaient obtenir le feu vert du président pour se lancer à l'assaut de l'Afghanistan et bientôt de l'Irak. Selon la même logique, les attentats contre le World Trade Center auraient bénéficié de la complicité d'une partie de l'appareil d'Etat américain, et la piste Ben Laden ne serait qu'une fausse piste destinée à détourner les soupçons.

Cette thèse ne saurait être prise comme une hypothèse parmi d'autres : elle est tout simplement révisionniste, affirmant que l'histoire réelle que décrivent les médias et sur laquelle agissent les politiques n'est qu'un récit factice, totalement fabriqué et inventé. Comme le montre notre contre-enquête, c'est l'inverse qui est vrai : le Réseau Voltaire raconte, en l'espèce, n'importe quoi. Des témoins ont vu l'avion avant qu'il ne s'écrase sur le Pentagone, une photo a même montré un morceau de fuselage à une centaine de mètres de l'immeuble. Pour le reste, les experts expliquent que l'appareil s'est pulvérisé sous la violence du choc. La parole des experts n'est certes pas d'Evangile, et il est bon qu'elle soit contestée par les citoyens. Encore faut-il que cette contestation s'appuie sur des critères de rigueur où tous les faits sont pris en compte. Or la rumeur du 11 septembre laisse de côté tout ce qui ne va pas dans le sens que souhaitent ses propagateurs. Comme si la réalité n'était qu'affaire d'opinion et de jugement, comme si elle n'avait aucune consistance factuelle objective indépendamment des parti-pris subjectifs.

L'information est un travail, avec ses règles, ses apprentissages, ses vérifications. Grâce à la liberté qu'offre le Net, certains croient pouvoir s'en émanciper et propager le faux sans rencontrer les obstacles professionnels, déontologiques ou commerciaux qui sont ceux des autres médias. S'ils se font ainsi une notoriété, c'est hélas au détriment de la liberté, qu'ils discréditent, et de la démocratie, qu'ils rabaissent à un jeu d'ombres où le complot serait partout et la vérité nulle part. Pauvre Voltaire !


Source : Le Monde, édito du 21 mars 2002.

Le Canard Enchaîné, 3 avril 2002


Comment faire son beurre avec les rumeurs
Bon sang mais c'est bien sûr, il a raison, Thierry Meyssan, le gars qui affirme qu'aucun avion ne s'est écrasé sur le Pentagone ! Et Thierry Ardisson a raison de l'avoir laissé exposer sa thèse en long et en large, dans « Tout le monde en parle » du 16 mars (« Le Canard », 20/3), sans un bémol, sans esprit critique, sans question gênante, gobant tout tel un Jacques Pradel des familles (« Je suis troublé »). Service public avant tout !

Et les plus de 100 000 gogos qui, en une semaine, se sont précipités sur son bouquin, écrit en gros caractères, lu en une heure, plein d'annexes, de discours officiels de Bush, mal fichu, ont raison eux aussi.

Par Béatrice Vallaeys (Le Monde)


Pierre Lagrange : « La même rhétorique que le négationnisme »
Sociologue, Pierre Lagrange (1) étudie depuis longtemps les phénomènes récurrents déclenchés par ceux qu'il appelle « les adeptes du complot ». Il décrypte les raisons du succès remporté par les thèses de Thierry Meyssan.

Le livre de Thierry Meyssan remporte un succès inattendu. Pourquoi ?

Les événements du 11 septembre nous ont confrontés à une réalité tellement proche de la science-fiction que les interprétations paranoïaques, habituellement limitées à certains réseaux, ont pu se déployer au-delà. Elles ont dépassé le cadre d'Internet, qui n'était pas parvenu depuis le mois d'octobre à lancer le phénomène. Il manquait un livre qui, grâce à l'émission de Thierry Ardisson, a permis à ces thèses de décoller.

Par Eric Conan


Le « fabricant des Protocoles » Mathieu Golovinski, à Paris, en 1907
C’est la plus célèbre - et la plus tragique - des falsifications du XXe siècle, à la base du mythe antisémite du « complot juif mondial ». Le texte des Protocoles des Sages de Sion vient de livrer son dernier mystère : un historien russe, Mikhail Lépekhine, a établi l’identité de son auteur, grâce aux archives soviétiques. Elle permet de comprendre pourquoi il a fallu attendre si longtemps pour connaître cet épilogue : le faussaire, Mathieu Golovinski, qui a effectué sa besogne à Paris, au début du siècle, pour le représentant en France de la police politique du tsar, était devenu, après la révolution russe de 1917, un notable bolchevique... La découverte de ce sinistre pied de nez historique permet de combler les dernières lacunes dans l’histoire d’une imposture qui, après avoir fait beaucoup de ravages en Europe, connaît un destin encore florissant dans beaucoup de régions du monde.

Historien de la littérature russe, Mikhail Lépekhine est l’un des meilleurs connaisseurs des « publicistes » de la fin du XIXe siècle, ces personnages à la fois écrivains, journalistes et essayistes politiques qui interviennent sous forme de libelles, d’articles et de livres dans les convulsions de la vie publique russe de l’époque. Sa spécialité : les années charnières du règne d’Alexandre III (1881-1894) et du début du règne de Nicolas II (1894-1902), période agitée qui précède les turbulences révolutionnaires. Ancien conservateur des archives de l’Institut de littérature russe et chercheur en histoire des imprimés de la bibliothèque de l’Académie des sciences de Russie à Saint-Pétersbourg, Mikhail Lépekhine étudie la vie et l’œuvre de tous ces individus, y compris ceux de deuxième et troisième ordre, pour la plupart réunis dans le monumental Dictionnaire biographique russe en 33 volumes, dont il dirige l’édition. (...)

Lire la suite de l'article sur le site PHDN.


Source : L'Express, 16 novembre 1999.
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Dimanche 15 Février 2004



Par Fabrice Nicolino


Meyssan l’imposteur
La thèse au minimum farfelue de Thierry Meyssan sur les attentats du 11 septembre aux États-Unis n’est en rien crédible. Fabrice Nicolino, faisant écho à un débat au sein de notre rédaction à la suite du « Bloc-notes » de Bernard Langlois, dénonce ici une construction délirante et les trucages du président du Réseau Voltaire.

Faut-il lire l’insupportable montage de Thierry Meyssan ? Ceux qui le feront apprendront au moins une chose, c’est que tout, rigoureusement tout est devenu possible. Le livre du président du Réseau Voltaire (1) entend en effet démontrer qu’aucun avion ne s’est jamais abattu le 11 septembre 2001 sur le Pentagone, pour la bonne raison que tout repose sur un complot d’État. Son but ? Mais ouvrir en Afghanistan une voie royale au pétrole d’Asie centrale, voyons ! Cela serait seulement lamentable si une partie de la gauche et des écologistes ne cautionnait en réalité, et depuis des années, Thierry Meyssan et son très curieux cabinet d’enquêtes privées impudemment nommé Réseau Voltaire. Jean-Luc Bennahmias, responsable national des Verts, fait partie de son conseil d’administration, ainsi que Christian Terras, de Golias ; le président du Mrap Alain Callès et l’ancien député européen Vert Yves Frémion en sont vice-présidents ; Meyssan est quant à lui secrétaire national des Radicaux de gauche. À Politis même, deux articles récents attestent que Meyssan conserve écoute et considération. Bernard Langlois, dans son Bloc-notes du n° 693, sans adhérer à toute la thèse du complot, estime qu’une bonne part du propos de Meyssan « tient plutôt bien la route ». Christine Tréguier, dans sa chronique du n° 695, et bien qu’elle soit loin d’être claire, paraît bien prendre sa défense, au motif que son travail s’appuierait sur « tout, sauf des rumeurs ».

Disons-le sans précaution, tout cela est navrant. Car Meyssan, qui n’est pas même allé aux États-Unis - pour quoi faire, franchement -, et qui n’a strictement interrogé personne, s’est en fait livré à une construction délirante et néanmoins organisée. La méthode, qui est aussi celle des négationnistes, consiste à empiler certains faits réels sur d’autres controuvés, puis de passer le tout au hachoir de la surinterprétation. De la sorte, il est facile de montrer que Léon Trostki a été l’agent du Mikado et de la Gestapo depuis sa plus tendre enfance, ou que le Protocole des Sages de Sion - ce faux monstrueux - est l’impeccable preuve historique que les Juifs dirigent le monde en secret. D’autres ont déjà fait la démonstration précise des énormes trucages de Meyssan, qui écarte bien sûr tous les témoignages directs de l’impact de l’avion sur le Pentagone. On connaît le nom de chacun des passagers de cet avion qui ne s’est jamais écrasé ? Qu’importe ! Les services secrets sont très forts, savez-vous ? En fait, ce que révèle d’évidence ce livre, c’est que Meyssan est atteint d’un narcissisme surdimensionné. En effet, que nous dit-il au fond ? D’abord que l’appareil d’État américain est tout-puissant, omnipotent et diabolique, qu’il est capable de monter des opérations d’une complexité inouïe sous les yeux mêmes de l’opinion mondiale. Cela serait désespérant s’il n’y avait sur terre un clairvoyant, capable de voir au travers des ténèbres. Meyssan est un cas : le monde entier se laisse berner mais lui, en cliquant à quelques reprises sur internet - ce nouveau dieu des éternels gogos -, réussit à dévoiler l’impensable ! L’effroyable imposture de Meyssan, ajoutons-le, vient de beaucoup plus loin, et les Verts en particulier seraient bien inspirés d’y réfléchir. Il est de bon ton, chez quelques militants qu’on dira distraits, de vanter l’excellence du travail de « renseignement » fait par le Réseau Voltaire depuis quelques années. Souvent tourné vers l’extrême droite et divers intégrismes, il est constitué surtout de fiches qui ne sont pas sans ressembler aux si fameuses notes des Renseignements généraux. Or ces fiches mêlent d’une façon insupportable le vrai, l’établi, la rumeur et la calomnie. On ne prendra pour l’heure que deux exemples. Dans la très courte biographie consacrée à Hubert Védrine, ministre des Affaires étrangères, le Réseau Voltaire - en fait, comme on a tout lieu de le penser, Thierry Meyssan lui-même - ajoute à quelques banales notations deux « informations » très remarquables. La première vise son père Jean, présenté comme un cagoulard et un admirateur de Pétain. Pourquoi accorder une telle place à cela, sinon pour suggérer jusques et y compris une filiation idéologique ? La seconde est infâme. Juste après avoir signalé que Védrine est conseiller municipal de Saint-Léger-des-Vignes, Meyssan-Voltaire ajoute ceci : « En 1990, il s’avéra que son domicile, qui était aussi celui du père Nicolas Glencross (un vieil ami de son père, Jean Védrine), hébergeait le plus important studio de pornographie enfantine jamais découvert en Europe. Les photographies du père Glencross étaient transmises par l’entremise du pasteur Joseph Doucé à l’éditeur nazi Michel Caignet qui les commercialisait [...]. Le père Glencross décéda peu après sa sortie de détention préventive et le pasteur Doucé fut assassiné. L’affaire s’éteignit sans qu’Hubert Vedrine ait été entendu dans le cadre de l’enquête ». On a compris, n’est-ce pas ? Védrine cache quelque chose, et ce quelque chose est terrible. Aucun début de commencement de preuve - évidemment ! -, simplement du venin, et cet horrible besoin de salir. Au moment de la mort de notre cher René Dumont, en juin 2001, Meyssan publia, de même, un communiqué dont le titre dit l’essentiel : « René Dumont, pacifiste, fasciste et tiers-mondiste, est mort ». Qu’avait-il fait pour côtoyer dans l’opprobre Le Pen et Mégret, Mussolini et Hitler ? Des articles techniques dans un hebdomadaire agricole en effet pétainiste, pendant la guerre. Pas de citation dans le texte de Meyssan, non, car on aurait immédiatement compris la manipulation, mais des rapprochements et des glissements, jusqu’à cette ultime saloperie en guise de conclusion : le Réseau Voltaire « invite à une lecture critique de l’oeuvre récente de René Dumont, notamment en ce qui concerne ses conceptions en matière démographique... » Autrement dit, si Dumont craint la surpopulation, c’est qu’il déteste peut-être les sous-hommes et qu’il envisage - pourquoi pas ? - la solution finale de leur prolifération. Faut-il ajouter quelque chose ? Trois fois rien. Meyssan est un imposteur, Meyssan est un salaud, Meyssan n’a rien à voir avec la gauche ou l’écologie. Du moins, on voudrait le croire.


(1) L’Effroyable imposture, éditions Carnot.

Fabrice Nicolino est journaliste. Il a travaillé notamment pour Politis, Télérama, Geo, Le Canard Enchainé et le mensuel Terre Sauvage. Il est l’auteur de plusieurs livres, dont Le tour de France d’un écologiste (Seuil, 1999).


Source : Politis, n°696, 11 avril 2002.

Ressources

By David Cesarani


History on trial
At times during his legal battle in the high court, David Irving, a man of natural military bearing, resembles a beleaguered Wehrmacht general in some god-forsaken pocket on the eastern front, desperately trying to beat off the Jewish-Bolshevik hordes. At least, one suspects, that is rather how he sees it.

He stands or sits alone on one side of the courtroom, while the large defence team occupies most of the rest of it. In his opening statement he referred several times to the existence of an "international endeavour" to destroy his name and career as a writer. He menacingly promised that "the Jewish community, their fame and fortunes, play a central role in these proceedings".

Lest there be any doubt about that particular role, he avers that he was "the target of a hidden international attempt" to silence him. Naming names, Irving has pointed the finger at the American Jewish Anti-Defamation League and its equivalents in Britain, Canada, and Australia. Bizarre as they may be, these accusations will resonate beyond the odd collection of his supporters huddled in the Irving corner of the public gallery.

Lire la suite sur le site de The Guardian.

Source :
* The Guardian, January 18, 2000.

Par Xavier Ternisien (Le Monde)


Affiche du PMF pour les élections municipales de mars 2008 à Strasbourg
De 10 000 à 20 000 personnes étaient attendues, selon la police, à la manifestation contre la loi interdisant le port de signes religieux "ostensibles", organisée, samedi 17 janvier, par le Parti des musulmans de France (PMF) ; d'autres rassemblements étaient prévus en province et à l'étranger. Le PMF, un groupuscule qui entend élargir son audience avec cette mobilisation, a été fondé en 1997 par Mohamed Latrèche, un antisioniste militant qui multiplie les dérapages antisémites. Après des études à Damas, ce Franco-Algérien dont le père était une figure de la communauté musulmane de Strasbourg s'est spécialisé dans les manifestations propalestiniennes radicales et penche pour un "islamo-populisme" qui inquiète une partie de la communauté. L'intellectuel suisse controversé Tariq Ramadan dénonce ces "groupes radicaux et sectaires".

(...)


Source :
Xavier Ternisien, « Mohamed Latrèche, le trouble organisateur du défilé pour le voile », Le Monde, 17 janvier 2004. Reproduit sur le forum au feminin.com.

Voir aussi :
* Thomas Calinon et Catherine Coroller, « Latrèche, l'infréquentable avocat du voile », Libération, 15 janvier 2004. Reproduit sur le site Ataturquie.
* « Mohamed Latrèche, communautariste haineux », Observatoire du communautarisme, 17 janvier 2004.

By Omer Bartov


The Holocaust Industry, by Norman G. Finkelstein
Norman G. Finkelstein first gained a national reputation with his essay, ''Daniel Jonah Goldhagen's 'Crazy' Thesis,'' included in the book he wrote with Ruth Bettina Birn, ''A Nation on Trial.'' Much of the essay was a brilliant dissection of Goldhagen's book, ''Hitler's Willing Executioners.'' Its last section, however, revealed Finkelstein undergoing a bizarre metamorphosis, in which he employed the same dubious rhetoric and faulty logic he had identified in Goldhagen's work in order to propound his own, even ''crazier,'' thesis on the dark forces lurking, to his mind, behind his adversary's success.

Now Finkelstein is back, with a vengeance, a lone ranger with a holy mission -- to unmask an evil Judeo-Zionist conspiracy. The main argument in ''The Holocaust Industry'' is based on a simple distinction between two phenomena: the Nazi Holocaust and ''The Holocaust,'' which he defines as ''an ideological representation of the Nazi holocaust.'' The author has little interest in the former, though he readily acknowledges that it happened, since both his parents survived its horrors and since some of the few historians he respects, notably Raul Hilberg, have written on it.

By Nimrod Raphaeli


Saddam Hussein
No sooner than Saddam had been captured, and the manner in which he was captured, than conspiracy theories have found their way to the Arab media. His supporters in Iraq and in the Arab world were shocked to see that Saddam, who they were led to believe for decades was "the knight of knights, courageous and gallant," appeared on television screens meek, defeated, and humiliated, without putting up a fight as his two sons and teenager grandson had done against enormous odds.

La suite sur le site de MEMRI
Vendredi 19 Décembre 2003



Réflexion

Par Henri Madelin


Rumeurs et complots
Lorsqu’il s’agit d’observer la zone des pouvoirs, on peut constater que la place de l’intrigue a tendance à grandir démesurément. L’histoire de John Kennedy et de son assassinat en pleine épopée est un meurtre de l’ombre qui n’a jamais été vraiment élucidé. Que croire lorsque, sous Staline, est éventé un « complot des blouses blanches » ? Plus près de nous, comment expliquer la chute de Ceaucescu, le Roumain, brutalement contesté, sous l’œil des caméras, dans un meeting en plein air ? Il était pourtant la clef de voûte d’une dictature où la police veillait, jusque-là, à tuer dans l’œuf tout incident. Plus en arrière de nous, revit le spectre de Napoléon, exilé à Sainte-Hélène, dictant ses mémoires, en butte aux sarcasmes de son geôlier anglais souvent soupçonné d’avoir assassiné le héros à petit feu par une alimentation empoisonnée.

La suite de l'article sur le site de Cairn
Jeudi 21 Novembre 2002


Tags : rumeurs

Par Nicolas Weill (Le Monde)


A 44 ans, le président du Réseau Voltaire affiche un itinéraire aux contours sinueux.

Mince, le regard sombre, Thierry Meyssan ne correspond guère à l'image qu'on se fait du plumitif besogneux découvrant chaque jour un nouveau complot depuis son officine. L'homme, né en 1957, est secrétaire national du Parti radical de gauche. Si aujourd'hui son nom se confond surtout avec celui du Réseau Voltaire qu'il préside, son itinéraire présente des contours plus sinueux. Thierry Meyssan a fréquenté, du temps où il était proche du Renouveau charismatique, le séminaire d'Orléans avant de devenir un pourfendeur inlassable de l'Opus Dei, partisan opiniâtre de la laïcité. Marié à l'époque de ses études de théologie, il n'aurait toutefois jamais envisagé de devenir prêtre.

Les premiers engagements de Thierry Meyssan sont plutôt d'ordres "sociétaux". Via une association aujourd'hui en sommeil, Le projet Ornicar, il milite pour les droits des homosexuels. A force d'arpenter les couloirs du Parlement de Strasbourg, M. Meyssan rencontre Yves Frémion, alors député européen (Vert). Avec lui et quelques autres, il lance le Réseau Voltaire en 1994. L'extrême droite constitue, à cette époque, la cible privilégiée. Mais le Réseau Voltaire n'hésite pas à s'en prendre à des mythes nationaux plus consensuels. Ainsi M. Meyssan et ses amis parviennent-ils, en 1996, à diffuser la lettre de soutien de l'abbé Pierre à Roger Garaudy, alors que ce dernier propose d'ouvrir le débat sur l'histoire de la Shoah aux auteurs négationnistes.

Par Fouad Laroui


Les Pokémon, conspiration nippono-sionisto-darwinienne
Heureusement que nos imams veillent au grain ! Alors que du Maroc à l'Indonésie et de la Turquie au Sénégal, nous vaquions à nos occupations sans nous douter de la menace qui pesait sur nous, les gardiens de la foi sont parvenus à déjouer un complot - un de plus ! - ourdi par les agents de la conspiration nippono-sionisto-darwinienne (NSD). À Dubaï, le comité religieux des Émirats arabes unis vient de condamner un certain Pikachu, tête de pont de la NSD, pour « incitation au pari » (sic). Le gang Pikachu serait également connu sous le nom collectif « les Pokémon ».

J'ignore de quoi il s'agit, n'étant pas entouré d'enfants, mais tout cela fait peur. Il semble que les Pokémon soient de petits monstres créés par un Japonais (ou par un ordinateur japonais, on ne sait plus) puis lâchés dans la nature par la NSD, dûment pourvus d'une étoile de David.

Selon les anti-Pikachu, le mot « Pokémon » n'est d'ailleurs que la transposition phonétique du mot japonais signifiant « juif ». Plusieurs d'entre eux ont exigé, au téléphone, que l'attaché culturel de l'ambassade japonaise à Amman prononce le mot « juif » dans sa propre langue. Réponse du diplomate interloqué : youdayajin. Aheum... Qu'importe, un membre du Front jordanien de l'action islamique, qui reconnaît tout ignorer des Pokémon, préconise l'extension d'une récente fatwa anti-Pokémon saoudienne à tous les musulmans de la planète. L'apothéose approche. Il se trouvera bien un nerveux de la fatwa pour proclamer Pikachu et ses potes « ennemis de Dieu ». Il faut avoir une vision vraiment grandiose de Dieu pour lui opposer Pikachu.

Mais, demandez-vous, que vient faire Darwin dans cette histoire ? Eh bien, les cent cinquante membres du gang Pokémon possèdent la capacité de se transformer et d'acquérir de nouvelles aptitudes. Horreur ! Nos imams, qui ne sont pas la moitié d'un imbécile, ont immédiatement compris de quoi il retournait : l'immonde NSD voulait diffuser en douce la doctrine darwinienne dans le monde arabo-musulman ! Heureusement que nous avons nos héros, par exemple le cheikh el-Haddad, directeur de l'administration centrale des fatwas des Émirats arabes unis. Pikachu ne passera pas ! a tonné el-Haddad. Dans tous les pays du Golfe, la résistance s'organise. L'expulsion du gang Pika n'est plus qu'une question de jours. Les cartes à jouer représentant les monstres sont déjà interdites. En Arabie saoudite, ils sont tous persona non grata.

Un problème : vu que leurs images sont interdites, comment vont faire les policiers et les gendarmes saoudiens pour reconnaître et arrêter Pikachu et ses complices ?


Source : Jeune Afrique, 17 avril 2001.

Voir aussi :
* Michael Slackman, « Arabs See Jewish Conspiracy in Pokemon » (Los Angeles Times, 24 avril 2001).
* Massimo Introvigne, « I Pokémon? "Sono un complotto giudaico-massonico" » (Il Giornale, 17 gennaio 2004).
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