Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot

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La Bibliothèque
Histoire d'un mythe. La "conspiration" juive et les protocoles des sages de Sion, de Norman Cohn
La Société parano, de Véronique Campion-Vincent
Tous paranos ? Pourquoi nous aimons tant les complots... de Pierre-Henri Tavoillot & Laurent Bazin
Les Nouveaux imposteurs, d'Antoine Vitkine
L'Obsession du complot, de Frédéric Charpier
L'imaginaire du complot mondial, de Pierre-André Taguieff
La Causalité diabolique, de Léon Poliakov
L'effroyable mensonge, de Guillaume Dasquié et Jean Guisnel
Court traité de complotologie, de Pierre-André Taguieff
La synarchie. Le mythe du complot permanent, d'Olivier Dard





Par Nicolas Weill (Le Monde)


A 44 ans, le président du Réseau Voltaire affiche un itinéraire aux contours sinueux.

Mince, le regard sombre, Thierry Meyssan ne correspond guère à l'image qu'on se fait du plumitif besogneux découvrant chaque jour un nouveau complot depuis son officine. L'homme, né en 1957, est secrétaire national du Parti radical de gauche. Si aujourd'hui son nom se confond surtout avec celui du Réseau Voltaire qu'il préside, son itinéraire présente des contours plus sinueux. Thierry Meyssan a fréquenté, du temps où il était proche du Renouveau charismatique, le séminaire d'Orléans avant de devenir un pourfendeur inlassable de l'Opus Dei, partisan opiniâtre de la laïcité. Marié à l'époque de ses études de théologie, il n'aurait toutefois jamais envisagé de devenir prêtre.

Les premiers engagements de Thierry Meyssan sont plutôt d'ordres "sociétaux". Via une association aujourd'hui en sommeil, Le projet Ornicar, il milite pour les droits des homosexuels. A force d'arpenter les couloirs du Parlement de Strasbourg, M. Meyssan rencontre Yves Frémion, alors député européen (Vert). Avec lui et quelques autres, il lance le Réseau Voltaire en 1994. L'extrême droite constitue, à cette époque, la cible privilégiée. Mais le Réseau Voltaire n'hésite pas à s'en prendre à des mythes nationaux plus consensuels. Ainsi M. Meyssan et ses amis parviennent-ils, en 1996, à diffuser la lettre de soutien de l'abbé Pierre à Roger Garaudy, alors que ce dernier propose d'ouvrir le débat sur l'histoire de la Shoah aux auteurs négationnistes.

Par Fouad Laroui


Les Pokémon, conspiration nippono-sionisto-darwinienne
Heureusement que nos imams veillent au grain ! Alors que du Maroc à l'Indonésie et de la Turquie au Sénégal, nous vaquions à nos occupations sans nous douter de la menace qui pesait sur nous, les gardiens de la foi sont parvenus à déjouer un complot - un de plus ! - ourdi par les agents de la conspiration nippono-sionisto-darwinienne (NSD). À Dubaï, le comité religieux des Émirats arabes unis vient de condamner un certain Pikachu, tête de pont de la NSD, pour « incitation au pari » (sic). Le gang Pikachu serait également connu sous le nom collectif « les Pokémon ».

J'ignore de quoi il s'agit, n'étant pas entouré d'enfants, mais tout cela fait peur. Il semble que les Pokémon soient de petits monstres créés par un Japonais (ou par un ordinateur japonais, on ne sait plus) puis lâchés dans la nature par la NSD, dûment pourvus d'une étoile de David.

Selon les anti-Pikachu, le mot « Pokémon » n'est d'ailleurs que la transposition phonétique du mot japonais signifiant « juif ». Plusieurs d'entre eux ont exigé, au téléphone, que l'attaché culturel de l'ambassade japonaise à Amman prononce le mot « juif » dans sa propre langue. Réponse du diplomate interloqué : youdayajin. Aheum... Qu'importe, un membre du Front jordanien de l'action islamique, qui reconnaît tout ignorer des Pokémon, préconise l'extension d'une récente fatwa anti-Pokémon saoudienne à tous les musulmans de la planète. L'apothéose approche. Il se trouvera bien un nerveux de la fatwa pour proclamer Pikachu et ses potes « ennemis de Dieu ». Il faut avoir une vision vraiment grandiose de Dieu pour lui opposer Pikachu.

Mais, demandez-vous, que vient faire Darwin dans cette histoire ? Eh bien, les cent cinquante membres du gang Pokémon possèdent la capacité de se transformer et d'acquérir de nouvelles aptitudes. Horreur ! Nos imams, qui ne sont pas la moitié d'un imbécile, ont immédiatement compris de quoi il retournait : l'immonde NSD voulait diffuser en douce la doctrine darwinienne dans le monde arabo-musulman ! Heureusement que nous avons nos héros, par exemple le cheikh el-Haddad, directeur de l'administration centrale des fatwas des Émirats arabes unis. Pikachu ne passera pas ! a tonné el-Haddad. Dans tous les pays du Golfe, la résistance s'organise. L'expulsion du gang Pika n'est plus qu'une question de jours. Les cartes à jouer représentant les monstres sont déjà interdites. En Arabie saoudite, ils sont tous persona non grata.

Un problème : vu que leurs images sont interdites, comment vont faire les policiers et les gendarmes saoudiens pour reconnaître et arrêter Pikachu et ses complices ?


Source : Jeune Afrique, 17 avril 2001.

Voir aussi :
* Michael Slackman, « Arabs See Jewish Conspiracy in Pokemon » (Los Angeles Times, 24 avril 2001).
* Massimo Introvigne, « I Pokémon? "Sono un complotto giudaico-massonico" » (Il Giornale, 17 gennaio 2004).

Par Christophe Ayad


Affaire Lewinsky : la thèse du «complot sioniste»
La presse arabe, qui avait déjà fait la preuve de son penchant pour les théories du complot lors de la mort de Lady Diana, ne pouvait pas être mieux servie. Il est vrai que le scandale qui agite la Maison Blanche et qui implique une jeune stagiaire d'origine juive, Monica Lewinsky, a éclaté mercredi dernier, à un très mauvais moment, au lendemain de l'entrevue de Bill Clinton avec Benyamin Netanyahou. Alors que l'administration Clinton, agacée par l'intransigeance du Premier ministre israélien, envisageait d'accentuer sa pression, l'affaire Lewinsky a douché tous les espoirs des Palestiniens. Ainsi la conférence de presse consacrée par le président au processus de paix a été complètement éclipsée par les questions relatives à ses frasques sexuelles.

Mais la presse arabe ne se contente pas de constater les dégâts, elle cherche les coupables. «Il ne faut pas être très intelligent pour comprendre qu'il s'agit d'un complot», écrit Rose al-Youssef, qui, en Egypte, représente Clinton en caleçon, et pointant du doigt «des organisations extrémistes de droite» que Netanyahou serait allé voir avant Clinton. «On comprend mieux pourquoi Netayahou est venu les mains vides à Washington, n'envisageant à aucun moment de présenter un plan de retrait de Cisjordanie. On comprend pourquoi il avait l'air aussi sûr de lui . Il connaissait le scénario du scandale», explique l'hebdomadaire égyptien Al-Osboa hier. La presse arabe dans son ensemble ne donne pas cher de l'avenir du Président américain présenté comme la victime d'une machination diabolique. Le quotidien émirati Al-Khalij fait remarquer que Monica est juive, comme son avocat, preuve qui serait suffisante pour justifier la thèse du «complot sioniste». Des journaux saoudiens et syriens défendent la même thèse. (...)

Lire la suite sur le site de Libération.


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