Des gros titres aux petites infos passées inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualité des derniers jours en matière de conspirationnisme et de négationnisme.

11-Septembre. De nombreux hommages aux victimes des attaques perpétrées par les terroristes d’Al-Qaida, le 11 septembre 2001, ont été rendus à l’occasion du 17e anniversaire de l’événement. L’occasion pour l’équipe de l’émission « Les idées claires » sur France Culture, de rappeler l’importance et les caractéristiques de la vague complotiste qui s’ensuivit. « Aujourd’hui, on n’a pas une seule preuve du moindre complot interne américain», explique Rudy Reichstadt, le directeur de Conspiracy Watch, ajoutant qu’il s’agit là d’« un des événements les mieux documentés au monde » (source : France Culture, 11 septembre 2018). L’occasion est aussi donnée de souligner l’actualité de ce complotisme propagé par les« truthers », ces personnes ou associations qui remettent en cause la réalité de l’attaque terroriste (source : Conspiracy Watch, 22 septembre 2011), à l’instar du site conspirationniste ReOpen911 (source : Conspiracy Watch, 26 janvier 2013). Sans surprise, l’ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad (2005-2013), a salué ce 17e anniversaire d’un tweet rendant hommage aux victimes et regrettant que « les politiciens n’[aie]nt pas dit la vérité » à son sujet (source : Conspiracy Watch, 12 septembre 2018). Il ne faisait en cela que confirmer la position qui fut toujours la sienne (source : Conspiracy Watch, 7 mars 2010).

VENEZUELA. « Factuel », le fact-checking de l’Agence France-Presse, s’est intéressé à une vidéo partagé des milliers de fois, vue près d’un million de fois, postée par « un Français au Venezuela », prétendant raconter « ce que BFM cache ». Par une analyse argumentée qui a fait l’objet d’un thread, le service de l’AFP a étudié, statistiques et informations à l’appui, la valeur de chacune des affirmations contenues dans les 3 minutes 37 secondes de vidéo où l’auteur nie l’ensemble des problèmes économiques, sociaux et politiques, qui ont plongé le Venezuela de Maduro dans le chaos. Publiée le 1er septembre 2018 par un compte Twitter intitulé « Mouton Charlie », la vidéo connaît une deuxième vie après avoir été postée initialement le 26 juillet 2017 sur la page Facebook du site Démocratie Directe (source : AFP, 11 septembre 2018).

PENSÉE TÉLÉOLOGIQUE. La revue scientifique américaine Current Biology a publié au mois d’août 2018 une étude réalisée par une équipe franco-suisse de chercheurs. L’étude, qui s’appuie sur trois enquêtes dont celle réalisée par l’IFOP en décembre 2017 à l’initiative de Conspiracy Watch et de la Fondation Jean-Jaurès, confirme la corrélation entre le complotisme et le créationnisme. Tout indique en effet que la tendance à croire aux théories du complot et le rejet de la théorie de l’évolution procèdent du même biais cognitif : la pensée téléologique, qui conçoit le monde comme un système de relations entre des moyens et des fins (source : Conspiracy Watch, 14 septembre 2018). « Les personnes qui ont ce biais tendent à interpréter la réalité et les faits à travers le prisme d’une idée a priori », explique l’un des auteurs de l’étude, Pascal Wagner-Egger, enseignant-chercheur en psychologie sociale et en statistique à l’Université de Fribourg, qui estime que la prise de conscience de ce type de biais cognitif permet aux personnes « de les rendre moins vulnérable aux manipulations et aux généralisations. » (source : cath.ch, portail catholique suisse, 12 septembre 2018).

REQUINS VOLANTS. Ajouter de l’angoisse à la peur et à la désolation, tel semble être une des raisons d’être de la pensée complotiste. L’animateur radio américain Rush Limbaugh en a administré une nouvelle preuve en relayant, à l’antenne, l’information selon laquelle l’ouragan Florence, qui a touché le littoral américain des États-Unis, avait aspiré des requins. Confronté aux critiques et aux démentis, l’animateur, connu pour ses positions ultra-conservatrices, a balayé d’un revers de main les accusations (source : BFMTV, 13 septembre 2018).

DÉSINFORMATION. Avec l’offensive annoncée sur Idlib (Syrie) par Assad et ses alliés, les médias pro-Kremlin, tels que Russia Today et Sputnik, mettent en route une intense campagne médiatique prévenant de l’imminence d’une attaque chimique conduite par les rebelles. Sur son compte Twitter, l’historien et politologue Jonathan Piron évoque dans un thread la technique de désinformation couplée à la saturation, utilisée par ces médias. Le chercheur a ainsi pu dénombrer la publication de 35 articles en un mois sur ce sujet.

LABOUR. Un important leader syndical proche de Jeremy Corbyn, Mark Serwotka, s’est récemment exprimé au sujet de l’antisémitisme au Labour, lors d’une réunion publique organisée par le groupe Palestine Solidarity Campaign, en marge de la conférence du Trades Union Congress (TUC). Le syndicaliste a expliqué que cette controverse avait été créée par l’État d’Israël pour faire diversion. Prenant soin de dénoncer l’antisémitisme et de se démarquer de toutes formes de complotisme, Serwotka n’en a pas moins affirmé que « l’un des meilleurs manières […] de cacher les atrocités qu’on commet est de passer à l’offensive et de créer une histoire qui n’existe pas » (source : The Independent, 14 septembre 2018 ; The Times of Israel, 16 septembre 2018).